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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 07:30

 

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La gratuité des transports, un effet en trompe l'œil

 

Début de l'article

 

À titre de comparaison, Le Mans a réduit considérablement le nombre de places en centre-ville et a étendu le secteur payant avec une réflexion sur les habitudes. Le stationnement est gratuit pour les riverains (mais pas partout), mais à des tarifs forfaitaires avantageux ailleurs et exorbitant pour les autres. Les riverains ont beau avoir le stationnement gratuit, vu le nombre de places limitées, ils louent souvent un parking privé ailleurs s’ils ont vraiment besoin d'avoir une automobile. Par conséquent, le stationnement est gratuit pour eux, mais ils finissent par payer quand même. En outre, il n'y a que 2700 places de stationnement en parkings qui sont de toute façon payantes à des tarifs élevés de 1 € pour 50 mn à 4 € pour 2h30 puis 0,50 € par 50 mn au-delà. Sur voirie c'est encore plus élevé, 0,50 € pour 15 mn et 2,50 € pour 1H avec une limite de 1H pour la zone 1 et 1h20 pour la zone 2 puis en zone 3 c'est 0,50 € pour 30 mn à 2€ pour 2h (le maximum autorisé). Donc, les habitants ont plutôt tout intérêt à utiliser les transports en commun, c'est moins cher et ils mettent moins de temps que le temps de trouver une place. La vie n'est pas compliquée finalement et cela se voit sur la forte hausse de fréquentation des transports lors de la mise en service de la ligne de tramway victime de son succès.

 

Après ce rapide constat, il est facile de trouver un certain nombre d'éléments défavorisant l'usage du réseau de transport public.

B27a

 

Le levier n'est pas la gratuité, ce sont les parkings qui deviennent payant et le stationnement en centre-ville plus contraignant qui feront la différence. De plus, il faut noter que l'endettement d'Avignon, même s’il est en forte de baisse constante, reste néanmoins 3,5 fois supérieur à celui de la moyenne nationale, alors engendrer un poste de dépense supplémentaire n'est pas forcément une idée très lumineuse en période où les budgets des collectivités sont tendus.

 

L'effet pervers de la gratuité, observé à Aubagne, c'est que la part modale des modes doux comme le vélo est très faible, seulement 1% pour le vélo par exemple, car les gens se reportent massivement sur les transports en commun pour des trajets qu'ils auraient effectué autrement.

 

Un article dans rue89 montrait que des personnes étaient prêtes à attendre un bus près de 15 mn pour effectuer un trajet de 2 ou 3 arrêts seulement ! Résultat, au mois de juillet 2013, pour compenser le mécontentement des voyageurs d'avoir à emprunter des bus surchargés, la collectivité à dû augmenter son offre globale de 15% en une seule fois !


Constat de réussite pour la collectivité qui y voit un engouement pour les transports, mais pari très risqué car ce financement n'est assuré que par le versement transport avec une marge très légère.

Il ne faut pas oublier dans l'actualité passée la fermeture en 2010 de l'usine Fralib, du groupe Unilever qui produit les thés Lipton et Éléphant, qui devait participer à un bon niveau au financement du versement transport. Certes cette usine était située à Gémenos, elle-même située sur le territoire de Marseille Provence Métropole, mais que penser si la même chose arrivait sur le territoire d'Aubagne ? La collectivité serait confrontée soit à maintenir la gratuité de ses transports et en absorber, à ses frais, le manque à gagner par la contribution au versement transport perdue, soit à envisager de rétablir un service payant …

 

Quant aux investissements, ils se retrouvent plus limités sur le long terme. Châteauroux en est un bon exemple après 11 ans de gratuité. En effet, toutes les agglomérations de taille comparable, telles que Laval, Quimper ou La Roche sur Yon par exemple, ont depuis amélioré leur réseau, et ont même mis en place des services de soirée après 20H30 et jusqu'à minuit, souvent à base d'un système flexible tel que le service Flexo de Keolis, un service à la fois à la demande sans réservation et régulier.


P1070885

Les agglomérations de taille comparable, telles que Laval ont amélioré leur réseau...

 

Un tel service existe bel et bien sur le réseau de Châteauroux, mais il s'agit d'un unique départ à 20h10 alors même que le dernier bus sur la ligne principale quitte son terminus à 19h45 ! De plus, en dehors de la ligne principale, les fréquences sur les 14 autres lignes restent faibles à très faibles avec des derniers départs encore plus tôt … Le service est certes gratuit, mais reste plutôt médiocre.


Il est d'ailleurs possible de faire le même constat sur le réseau d'Aubagne avec l'absence de service de soirée, des derniers départs relativement tôt et des fréquences relativement faibles dès lors qu'il s'agit d'autres lignes que la ligne principale. Sans parler de l'absence totale de service le 25 décembre et le 1er janvier.

 

De plus, les questions posées précédemment concernant le stationnement peuvent également s'appliquer à Châteauroux et Aubagne où les tarifs pratiqués y sont vraiment très bas. Aubagne par exemple propose 260 places gratuites en plein centre-ville avec des tarifs sur voirie relativement faibles.

 

Et finalement, l'exemple de Tallinn en Estonie souvent mis en avant pour avoir franchi le cap, montre pourtant qu'un réseau quand bien même serait-il gratuit, si la qualité de l'offre n'est pas au rendez-vous, le résultat attendu ne l'est pas forcément non plus.

 

En effet, le bilan reste décevant puisque l'augmentation de fréquentation enregistrée n'est que de 1,2 % au bout de 9 mois, avec des pointes de 2,8% sur des lignes un peu mieux aménagées ou plus fréquentées*. Or améliorer l'offre et la qualité d'un réseau comme Tallinn a un coût nettement plus élevé que pour un réseau de la taille d'Aubagne pour lequel l'équilibre reste déjà précaire.

 

D'ailleurs Hasselt aux Pays-Bas a définitivement arrêté la gratuité pour revenir à un service payant.


Quant à Mons en Belgique, la gratuité ne concerne qu'un service de 4 lignes circulaires à sens unique, qui ne sont en réalité que des navettes de rabattement en centre-ville, sur des circuits courts de quelques arrêts, parcourus par des véhicules à faible gabarit.


Plutôt que de tendre vers la gratuité, quitte à maintenir un tarif peu élevé, ne vaudrait-il pas mieux finalement s'orienter vers une véritable amélioration de l'offre de transport et s'attaquer aux vraies questions concernant le stationnement ?


Il sera toujours plus simple et mieux perçu par les usagers d'augmenter légèrement les tarifs de temps en temps si besoin, que de supprimer la gratuité pour revenir à un service payant.

 

 

 

Article sur Tallinn en Estonie

 

* http://www.baltic-course.com/eng/transport/?doc=79254

http://www.terraeco.net/A-Tallinn-les-bus-gratuits-n-ont,53550.html 

 

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Published by Fnaut Pays de la Loire - dans FNAUT en France
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commentaires

DJAMENT A. 05/02/2014 18:53


"Un article dans rue89 montrait que des personnes étaient prêtes à attendre un bus
près de 15 mn pour effectuer un trajet de 2 ou 3 arrêts seulement ! Résultat, au mois de juillet 2013, pour compenser le mécontentement des voyageurs d'avoir à emprunter des bus surchargés, la
collectivité à dû augmenter son offre globale de 15% en une seule fois !"


Un élément fondamental de solution est simple et elle possède une autre vertu fondamentale, accroître la vitesse des TC (et de plus diminuer
leur consommation énergétique) : espacer les arrêts, qui ne devraient en général jamais être distants de moins de 500m (350m dans les hyper-centres si besoin), au moins sur les lignes
structurantes (à Nantes, en centre-ville au moins, les distances entre stations sont couramment de l'ordre de 200m même sur les lignes structurantes, c'est aberrant et incompatible avec une
vitesse commerciale suffisante). 

Fnaut Pays de la Loire 09/02/2014 10:41


Les arrêts de bus se mettent en place en fonction de la population desservie dans un secteur ou dans le périmètre de l'arrêt...


Gastlag 05/02/2014 14:34


Bonjour,


Votre analyse semble un brin contradictoire et sa conclusion étrangement erronée.


Dans la mesure où d'une part vous restreignez l'apport de la gratuité à une potentielle hausse de la fréquentation des transports :



"Récemment, des élus de la liste PS d'Avignon ont proposé de rendre les bus gratuits car la part modale des transports n'est que de 7%. "


"Ces parkings sont en plus connectés par une navette gratuite pour les plus éloignés, alors après tout, pourquoi s'embêter à utiliser le bus?"


"Donc, les habitants ont plutôt tout intérêt à utiliser les transports en commun [plutôt que la voiture dont le stationnement est cher], c'est moins cher et ils mettent moins de temps que
le temps de trouver une place. La vie n'est pas compliquée finalement et cela se voit sur la forte hausse de fréquentation des transports lors de la mise en service de la ligne de tramway
victime de son succès."


"Le levier n'est pas la gratuité, ce sont les parkings qui deviennent payant et le stationnement en centre-ville plus contraignant qui feront la différence."



D'autre part, a contrario vous reprochez à Aubagne d'avoir du augmenter ses capacité de transports suite au succès :



"Résultat, au mois de juillet 2013, pour compenser le mécontentement des voyageurs d'avoir à emprunter des bus surchargés, la collectivité à dû augmenter son offre globale de 15% en une
seule fois !"



Enfin vous dites :



"Un article dans rue89 montrait que des personnes étaient prêtes à attendre un bus près de 15 mn pour effectuer un trajet de 2 ou 3 arrêts seulement !"



Ce qui est totalement faux car ni Rue89, ni Bruno Marzloff (dont les éléments permettant de le qualifier légitimement de "Sociologue" restent mystérieusement inconnus) qui souttient la même idée
ne montraient quoi que ce soit :


Bruno Marzloff ne faisait qu'affirmer et poser une question, mais il n'apportait pas la moindre preuve pouvant étayer son propos :
"On doit s’interroger aussi sur la bonne affectation de cette gratuité. Car dans le cas d’une gratuité complète pour l’usager, l’encouragement aux pratiques des transports publics se fait
alors au détriment de la marche et du vélo. Cela vaut tant pour l’usager qui préfèrera alors un transport gratuit à un effort physique, que pour la collectivité qui distraira vers les
transports publics des investissements nécessaires pour encourager ces modes actifs urbains – typiques de l’urbanité et essentiel à de bonnes conditions physiques des citadins."
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-planete/2012/11/21/transports-la-gratuite-est-un-mauvais-tour-de-passe-passe-236795

Rue89 appuyait ses dires sur un seul et unique micro-troitoire, celui d'un chauffeur employé de Véolia. Même sans mettre en cause sa parole au vu de son employeur (et des positions de son
employeur sur la gratuité), on peut considéré qu'il n'a pas une parole d'évangile qui pourrait remplacer une étude sérieuse sur le sujet.

Moins de gens qui marchent et plus de gens qui courent attraper un bus... Gilles a parfois l’impression de conduire un manège :



« Il m’est arrivé souvent de voir des gens courir comme des dératés, comme si leur vie en dépendait. D’autres attendent 25 minutes le bus pour faire un arrêt. Merci la
gratuité ! » http://rue89.nouvelobs.com/rue89-planete/2012/12/18/transports-la-gratuite-un-coup-de-baguette-magique-237934





Pour finir vous ne parlez pas du tout des autres apports de la gratuité :


suppression des coûts du à la mise en place d'un système de billeterie, gestion des abonnements, contrôle des abonnements etc. - puisque les impôts municipaux qui viennent compenser existent
déjà, il suffit juste d'augmenter leurs taux.

simplification radicale de la vie des habitant (pas de démarches à faire pour s'abonner, pas d'oubli de passe etc.)

réduction des inégalités et des stigmatisations liées à la pauvreté (pas de tickets ou besoin de passer par des démarches administratives pénibles pour prouver qu'on est bien pauvre).

réduction du flicage des honnêtes citoyen.ne.s



étant donné que vous êtes une association d'usagers des transports en commun j'imagine que vous serez sensibles aux arguments qui portent sur le bien être des usagers et que vous ne censurerez
pas ce message.

Fnaut Pays de la Loire 09/02/2014 10:52



Il n'est pas dans l'habitude de la FNAUT de censurer les commentaires et votre texte aura sans aucun doute une réponse...



Colibri 05/02/2014 09:34


Simple point de détail : Hasselt est située en Belgique (néerlandophone) et non aux Pays-Bas.

Fnaut Pays de la Loire 06/02/2014 12:56



Merci de cette précision ... nous allons corriger....



N'hésitez pas à réagir à notre vision de l'univers régional des transports en Pays de la Loire et un peu au-delà parfois !

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